Tristan Delessart

La première fois que j’ai vu Tristan, lui ne m’a pas calculé…comme pourraient dire aujourd’hui allègrement ses potes.

Il pesait à peine 3 kilos tout emmitouflé dans une épaisse barboteuse (ça il faut avoir conçu des rejetons pour connaître le verbiage) alors que dehors régnait la canicule. C’était le mois d’août 97. Ce même mois qui fût fatal à Lady Diana. Je précise pour que les tabloïdes situent plus rapidement l’époque. Dans ce tumulte, sa naissance est passée presque inaperçue…

 

Lui, on pourrait dire qu’il est là parce que c’est le fils de l’autre. Le vieux, le boss comme dit Dom. Certes, mais ce serait mal me connaître. Il est là parce qu’il a une putain d’oreille, le talent pour faire d’une voix un peu trop caverneuse une mélodie cristalline, pour aller repêcher un souffle imperceptible, associer un son à une atmosphère…

 

J’exagère peut-être. Mais pas trop. Avant de bosser sur ce projet je l’ai emmené à Avignon en 2014. A la régie. Un après-midi, il a géré un méga orage et une apocalypse sur le plateau. Quand la foudre tombe à deux bâtiments de là, ça fait quelques ravages. Deux projos ont rendu l’âme d’emblée, façon Comedia del arte à grand renfort d’étincelles et de flammes avant de plonger le plateau dans un mutisme lumineux sans pareil. Le noir. Absolu. Lui a géré. Il aurait chopé des bougies s’il avait fallu. Il aurait pédalé furieusement sur un vélo avec une bonne vieille dynamo. On a joué trois minutes dans le noir et puis une autre lumière est revenue. Il a été applaudi à la fin de la représentation.

 

Dans Valjean, il participe à la création de l’univers sonore animal du héros. Les égouts, les barricades mais aussi des bruits de chaîne, d’orage (c’est son truc maintenant). Le résultat est saisissant. Valjean a besoin de cette mélodie pour entrainer son auditoire dans la torpeur, les bas-fonds, la lumière, l’amour. Il a aussi participé à la bande annonce, dirigé la prise de son, fait le mixage. Le travail ensemble se fluidifie de jour en jour. Continue comme ça et tu seras un enfant de la balle mon fils….

 

Christophe Delessart