Dominique Evans

Dès son plus jeune âge, Dominique frémit au contact de ses premières robes, ballerines et premiers tutus. A quinze ans, elle dessine ses premiers modèles et à vingt ans est journaliste de mode. Très vite, elle devient styliste, tombe amoureuse de la caméra et travaille pour la publicité et le cinéma avec de très grands noms dont Clive Donner, Alain Corneau, se passionne pour les films d’époque. Elle crée pour l’Opéra et lance en 2014 sa première collection : Compagnie de la Soie. Elle rejoint Valjean en 2016. 

Christophe Delessart

 

Assise en face de Christophe dans ce petit café du Marais je le regarde. Je peine à le reconnaître, est-ce la barbe? En fait je le connais peu mais j’avais un souvenir et il n’est pas tout à fait là. Ce sont ses yeux peut-être, plus exactement son regard qui a changé.

Il m’a téléphoné de la part d’une amie commune et m’a demandé si nous pouvions nous rencontrer, il voudrait que je m’occupe d’un costume pour une pièce de théâtre. C’est à peu près tout ce que je sais lors de notre première “réunion”. Je savais par cette amie qu’il voulait faire du théâtre. Cela m’avait un peu étonné, étant donné sa situation bien assise. Pourquoi? Étant comme on dit dans le métier, je trouvais bien aventureux, voire inconscient d’aller soudain se frotter au théâtre, mieux d’y faire l’acteur ! Connaissant les risques, le peu d’élus qui peinent quelquefois des années à se faire accepter, connaître, reconnaître dans ce petit monde du spectacle. Ce que je ne savais pas c’était qu’il y avait commencé sa vie d’adulte. Au théâtre.

Et la pièce il l’avait écrite il y a trente ans c’est ce qu’il me raconta brièvement sans fioritures,

tout à fait sûr de lui. D’où la nécessité du costume. Et il le voulait sien pas de location non, son costume à lui Christophe Vajean Victor Hugo les trois à la fois. C’est ce que j’ai compris. Si j’acceptais, si nous trouvions un accord, c’était son costume pas un costume début 19 ème qui lui aille bien non presque une deuxième peau. Un costume qu’il ferait sien, familier, sa maison.

Bon. Mais Christophe se livrait peu et moi quand je travaille j’ai besoin qu’on me renvoie la balle. Petit à petit et grâce aussi au merveilleux tailleur costumier Samy Douib  avec qui j’ai travaillé et qui comprend à demi-mot, là où on veut aller, qui réussit mieux que ce qu’on avait espéré si on la chance qu’il vous trouve un peu de temps. Car évidemment tout le monde veut Samy. Après mes recherches dans les bibliothèques, après avoir soumis mes archives à Christophe, il me faut acheter mes tissus. Et enfin petit à petit en parlant, échangeant avec lui j’ai compris, pourquoi je n’avais pas reconnu Christophe : il était en gestation, comme porteur d’un enfant, littéralement habité par son personnage et la pièce qu’il en avait tirée . Le doute ne l’effleurait pas, la pièce il l’avait écrite il y avait de sa vie dedans. Inutile de parler d’autre chose. Il n’entendait pas. Impossible d’y résister! la pièce est belle, claire, un monologue de plus d’une heure, contraction de quelques époques choisies des Misérables. Et elle ne ressemble en rien à tout ce qui a été monté, filmé, chanté. C’est Christophe c’est Jean Valjean c’est Victor Hugo. C’est comme ça.

Et quand j’ai bien compris j’ai pensé : quel merveilleux métier que le mien on m’a encore fait une surprise. Un cadeau…

 

Dominique Evans